La fin du cancer du poumon est en bonne voie
Mis en ligne le 23 septembre 2010
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Le cancer du poumon est respectivement la première
et la seconde cause de décès par cancer chez l’homme et la femme (juste
après le cancer du sein). C’est pourquoi cette pathologie fait partie
des cancers les plus étudiés par les chercheurs du Monde entier.
Mariano Barbacid, chercheur au Centro Nacional
de Investigaciones Oncológicas (CNIO) de Madrid, fait partie de ces
scientifiques de renom espagnols qui consacrent leurs travaux à
cette pathologie. Avec son équipe, il vient de publier des résultats
très prometteurs dans la prestigieuse revue Cancer Cell.
Le
quart des cancers du poumon sont dus à l’activation de l’oncogène
K-Ras. Ce dernier va alors être capable de stimuler indéfiniment la
prolifération des cellules : ces dernières deviennent alors
incontrôlables et sont dites cancéreuses. Plusieurs tentatives de
thérapies anticancéreuses dirigées spécifiquement contre K-Ras ont
échoué dans le passé. Mais Mariano Barbacid et son équipe ont quant à
eux découvert une nouvelle façon d’attaquer l’oncogène, ouvrant
littéralement une toute nouvelle voie thérapeutique anticancéreuse : au
lieu de se concentrer sur l’oncogène, les chercheurs s’attaquent à une
voie secondaire indispensable au fonctionnement de K-Ras.
En
effet, les chercheurs viennent de découvrir que l’activité oncogénique
de K-Ras passe obligatoirement par celle de la protéine Cdk4, elle-même
impliquée dans la régulation du cycle cellulaire. En inhibant cette
protéine par modification génétique dans un modèle murin (c’est-à-dire
utilisant la souris) d’adénocarcinome pulmonaire humain, les
chercheurs ont constaté une mort rapide des cellules tumorales, sans que
les cellules saines ne soient touchées. Ainsi, la diminution de Cdk4
entraîne la réduction des tumeurs induites par l’oncogène K-Ras. Les
chercheurs décrivent ce phénomène sous le terme de ” létalité
synthétique “, un terme utilisé habituellement dans le cas de deux
mutations ou altérations qui, isolées, sont inoffensives, mais qui
lorsqu’elles sont combinées, sont létales. ” Si l’on applique ce concept
aux cellules tumorales, il s’agit de trouver des altérations
secondaires qui, associées à la mutation oncogénique déjà existante dans
ces cellules, causent la mort de celles-ci “, explique Mariano
Barbacid.
Or il s’avère qu’il existe déjà sur le marché un
médicament dirigé spécifiquement contre Cdk4 et utilisé pour d’autres
pathologies. Commercialisé par la multinationale Pfizer, ce
médicament a déjà été testé dans le cas de cancers du sein et lymphomes,
sans succès. Une explication avancée par Mariano Barbacid, est que ces
deux types de cancers n’expriment pas K-Ras. Mais cette fois, les
chercheurs ont observé un effet anti-tumoral très prononcé (bien
qu’incomplet) chez leurs souris atteintes d’adénocarcinome. Une
découverte exceptionnelle et pleine d’espoirs !
Mariano Barbacid
appelle néanmoins à la vigilance. Il explique par exemple que les
tumeurs utilisées dans ce travail sont moins agressives que celles
généralement observées chez les patients atteints d’un cancer du poumon.
De la même façon, la diminution tumorale induite par le médicament est
moins importante que celle obtenue par la modification génétique,
suggérant ainsi que l’inhibition par le médicament n’est pas totale.
Pour ces raison, Mariano Barbacid considère qu’” il est très probable
que, pour pouvoir observer un effet thérapeutique avec les inhibiteurs
de Cdk4 dans les essais cliniques, il faille les combiner avec d’autres
thérapies “.
L’équipe de scientifiques organise d’ores et déjà la
mise en place de premiers essais cliniques en phase I, notamment en
collaboration avec l’hôpital de Fuenlabrada à Madrid. Prévus pour
commencer d’ici un an, ils devraient permettre de vérifier l’efficacité
du médicament de Pfizer, mais aussi d’autres inhibiteurs plus puissants
en cours de développement par d’autres entreprises pharmaceutiques, dans
le traitement contre le cancer du poumon. A suivre.
Sources: - “A Synthetic Lethal Interaction between K-Ras
Oncogenes and Cdk4 Unveils a Therapeutic Strategy for Non-Small Cell
Lung Carcinoma” - Puyol et al., Cancer Cell 2010. Jul 13 ; 18(1):63-73.
- BE Espagne numéro 97 (http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/64516.htm)
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